4 décembre 2025
Casablanca n’a jamais vraiment fait partie de nos projets. Comme beaucoup, j’éprouvais une nostalgie discrète pour ce nom, attisée par le classique hollywoodien de 1942. Mais je connaissais la réalité : le film était le fruit d’un studio de Burbank, et le Casablanca d’aujourd’hui est une mégalopole moderne et tentaculaire. Avec seulement dix jours au Maroc, nous avions donné la priorité à l’âme ancestrale de Marrakech et au calme côtier de Rabat.


Cependant, les voyages ont parfois le don de bouleverser vos plans. Alors que Rabat s’assombrissait sous la menace de la pluie et que Casablanca promettait un rayon de soleil, nous avons changé d’avis. Ce fut un voyage marqué par une architecture grandiose et une bonne dose de drame ferroviaire à haut risque.
La logistique : se repérer dans l’ONCF
Comme nous logions à quelques pas de la gare de Rabat Agdal, le train s’imposait comme moyen de transport de choix.
- Le piège « officiel » : assurez-vous d’utiliser le bon site : www.oncf-voyages.ma. Des sites tiers se glissent souvent dans les résultats de recherche et facturent le double pour la même place.
- L’astuce pour les distributeurs de billets : notre voyage à Tanger nous a appris qu’il vaut mieux acheter son billet à la gare. Les réservations en ligne avec des cartes bancaires non marocaines entraînent souvent des frais de transaction supplémentaires. Au guichet, nous avons payé environ 90 dirhams pour un aller-retour, évitant ainsi la majoration en ligne.
- L’histoire de deux trains : alors que la ligne Tanger-Rabat est une merveille moderne et élégante (l’Al Boraq) avec des places attribuées, la navette Rabat-Casablanca fait partie de la « vieille garde ». Les places y sont libres et le train peut être incroyablement bondé aux heures de pointe.
Le joyau de la couronne : la mosquée Hassan II

À notre arrivée, nous avons hélé un « petit taxi ». À Casablanca, le marchandage est un véritable sport local. Contrairement à Rabat, où les chauffeurs utilisent le compteur, notre chauffeur nous a demandé 30 dirhams. Nous avons tenu bon et avons négocié le prix jusqu’à 15 dirhams.
Contexte historique : achevée en 1993, la mosquée Hassan II est une merveille architecturale et un lieu d’ouverture rare pour les voyageurs. Au Maroc, la plupart des mosquées sont strictement réservées à la prière musulmane. Celle-ci est l’une des très rares à être ouverte aux visiteurs non musulmans. Son minaret culmine à 210 mètres, et son emplacement est poétique : construite en partie au-dessus de l’océan Atlantique, elle rend hommage au verset coranique affirmant que « le trône d’Allah était au-dessus de l’eau ». C’était la vision du roi Hassan II, qui souhaitait créer un monument illustrant l’apogée de l’artisanat marocain.
Comme nous ne sommes pas musulmans, nous avons payé pour la visite guidée. En attendant, nous avons exploré le musée, qui présente une superbe collection de zellige (mosaïque) et de bois sculpté. À l’intérieur de la mosquée, les dimensions sont vertigineuses. Les hauts plafonds et les grandes arcades sont à couper le souffle, même si la faible luminosité ne permet pas aux photos de rendre pleinement justice à cette majesté. Nous nous sommes assis par terre, tendant le cou pour admirer le dôme, avant de descendre dans les vastes salles d’ablutions ornées de fontaines.







Les Habous et le « problème des pigeons »
Un Grab nous a conduits au quartier des Habous. Construit par les Français dans les années 1920 pour servir de « nouvelle médina », il s’agit d’une version idéalisée de l’architecture marocaine. Le marché aux olives y est un incontournable : des cuves d’olives colorées à perte de vue. Nous avons tenté de visiter le palais royal et la résidence du gouverneur situés à proximité, mais ils étaient fermés, ne nous laissant qu’une photo des portes richement décorées.
Nous avons fini par flâner vers la place Mohammed V, célèbre pour ses pigeons. Peut-être ai-je vu trop d’oiseaux — ils envahissaient mon école chez moi —, si bien que tout ce « tapage » autour de cette place en particulier m’a échappé. Le soleil se couchant, nous avons décidé de faire l’impasse sur la médina et de retourner à la gare pour prendre le train de 18 h.









Le bras de fer de 18 h : un drame ferroviaire
Les distributeurs automatiques de billets de la gare avaient déjà cessé de fonctionner, nous avons donc sprinté jusqu’au guichet, récupéré nos billets et couru vers le quai. Ce que nous avons vu était un spectacle à couper le souffle.
Le train formait un véritable mur humain. Les gens étaient plaqués contre les vitres ; les portes ne voulaient pas se fermer. À l’intérieur, des passagers exaspérés frappaient littéralement sur la « carrosserie » du train pour signaler au conducteur de fermer les portes. Le point culminant est survenu lorsqu’un homme s’est faufilé de justesse à travers une porte qui se refermait à la dernière seconde, mais son sac est resté coincé à l’extérieur.
Nous avons observé, figés sur place, des doigts se faufiler à travers les fentes de la porte, tentant désespérément de les entrouvrir pour récupérer le sac. L’agent de gare a dû courir le long du quai en criant à son collègue d’arrêter le train avant qu’il ne parte avec un passager coincé à l’extérieur.


The Sunday Spice
Le train est finalement parti sans nous. Nous avons obtenu un remboursement en espèces et nous nous sommes installés dans un café pour regarder la Coupe d’Afrique avec les habitants jusqu’au train de 20 h. Lorsque le train suivant est arrivé, l’angoisse était palpable. Mon ami et moi avions une stratégie : monter tout en haut. Nous avons contourné les entrées bondées et avons sprinté vers le niveau supérieur, où nous avons réussi à décrocher deux places.
Était-ce peu pratique ? Oui. Mais en tant que voyageur, ce genre de péripéties pimente le voyage. Casablanca ne figure peut-être pas en tête de ma liste des « endroits où je dois absolument retourner », mais l’image de cette mosquée se découpant sur les vagues et le chaos de la gare sont des souvenirs que je garderai pour toujours.










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